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Avis d'expert: Christian Karcher
Posted 7 months, 10 days ago
Avis d'expert: Christian Karcher
Aujourd'hui j'ai le plaisir d'acceuillir sur mon blog une star de la Coupe de l'America: Christian Karcher. Il a participé à cinq Coupe de l'America dont deux victorieuses avec Alinghi. Kiki, puisque c'est comme ça que l'on le surnomme, est un personnage incontournable de la Coupe, puisque en dehors de ces qualités de wincheur et d'ingénieur, il adore parler de la Coupe de l'America et encore de la Coupe. Il est devenu en quelques années le chroniqueur préféré des médias francophones, il mêle une connaissance pointue de la voile avec beaucoup d'humour. Il ne pouvait pas être absent de cette 33 ème Coupe de l'America. Pour l'instant il évite un peu les médias mais il a accepté de répondre à quelques questions sur cettte prochaine édition si particulière. Matthieu: La grande question que se pose de nombreux fans de la Coupe: Est-ce que tu as rejoint Russell Coutts chez BMW Oracle Racing et quel est ton rôle ? Christian Karcher: Je ne pense pas que cela soit une si grande question. Par contre la réponse que j'essaye toujours d'apporter est celle qui amène de la magie. Si Alinghi n'est plus magique, ou en tout cas beaucoup moins qu'en 2003, alors comme dans un problème de math compliqué : je reviens à l'énoncé. Cela redevient alors une histoire d'homme et je vais chercher celui ou ceux avec qui nous pourrons créer de la magie dans notre travail quotidien. Russell Coutts est de ce calibre là. Donc oui je suis bien chez BOR, dans l'équipe de conception, installation et maintenance des winches. Je vais mettre un peu plus à profit mes années d'ingénieur que ma puissance physique. Je ne suis plus navigant, mes articulations et les vis de ma hanche ne sont plus à la hauteur des exigences physiques que ces gros bateaux nous imposent. Après 12 ans de Rugby et 18 ans de colonne de winches il n'y a aucun regret à avoir. En tous cas super ambiance en interne chez BOR. Matthieu: Tu as couru en multicoque et en monocoque. Que penses tu de cette Coupe qui va se courir en multicoque: Es tu d'accord pour dire que nous allons passer du jeu d'échec au jeu de dames en passant du monocoque au multicoque ? Christian Karcher: Non pas vraiment. Ce qui change c'est la taille du jeu d'échec. Passer au multi ce n'est pas passer des échecs aux dames. C'est plutôt passer des échecs en plain air en courant, aux échecs assis sur une luge lancée à fond dans la descente de Garmish avec le bouton du frein entre les dents. C'est plutôt la taille des bateaux que nous construisons qui va changer. Et il s'agit là d'un changement Majuscule. Welcome back to immoderate J Class magical good all time. Matthieu: Est-ce que tu peux nous donner un scoop: Cata ou Tri pour votre barge ? Christian Karcher: Oui absolument, je peux. Mais je ne le ferai pas. Matthieu: Brad Butterworth dit qu'il sera difficile de revenir au monocoque après le duel, qu'est ce que tu en penses ? Christian Karcher: Le problème avec de Brad c'est qu'il a souvent plusieurs coups d'avance. Il est fort probable que ce garçon ait raison. L'adrénaline que libèrent non-stop dans nos veines la navigation sur ces gros bateaux à plusieurs coques vont en motiver certains pour en construire d'autres. Les deux bémols que j'apporterai sont : - la spécificité du match racing. On se fiche un peu de la vitesse maxi des bateaux, ce qui compte c'est que la vitesse de ces deux bateaux soient la plus proche possible. Le vrai fun c'est la navigation au contact un contre un. - Le fait que nous allons naviguer sur des multis version "0". C'est à dire que nous allons peut-être avoir des différences de vitesse importantes entre les deux multi de la 33ème. Ce qui rendrait le spectacle et la navigation un peu moins intéressants. Je n'ose pas parler d'éventuels problèmes de casse pour cause de manque de mise au point. Mais une nouvelle fois Brad ne se trompe pas souvent. Matthieu: Une question plus technique : Est-ce que dans ton domaine, les winches, il y a de grosses innovations à venir ? Nous ne savons pas encore combien il y aura de membres d'équipage, mais la tendance est à des voiliers toujours plus grand avec des équipages réduits. Tu seras d'accord avec moi pour dire que les capacités des wincheurs ont atteint leurs limites, je crois que c'est le seul sport où des sportifs atteignent la zone rouge. Dans ce contexte est ce qu'au niveau technique il y a moyen de progresser et dans quelles directions ?. Christian Karcher: La grosse innovation à venir c'est l'augmentation des charges en nombre respectueux de tonnes. J'avais déjà eu le loisir d'apprécier les tensions énormes auxquelles on arrive au près vers 15 nouds de vent sur les écoutes de solent hyper plats des trimarans 60' ORMA. J'ai des souvenirs inoubliables de séances de "winchage" hauts en couleurs et en pulsations cardiaques sur les tris de Paulo Vatine et le Foncia d'Alain Gautier. Nous allons sûrement assister à de jolis moments de dépenses physiques sur des multis qui vont dépasser allégrement les 70 pieds. Si ce n'est plus (je peux vous le dire, mais je ne le ferai pas) Par contre je ne suis pas du tout d'accord sur ton analyse physique du travail des wincheurs. Donc pour répondre à tes questions : - Les capacités des wincheurs sont loin d'avoir atteint leurs limites. Surtout en groupe. - Non les wincheurs ne sont pas les seuls à se mettre dans le rouge. Personnellement je ne me suis jamais mis dans le rouge en régate. Mais assez régulièrement à l'entraînement pour savoir où j'en suis. - La direction à prendre pour progresser techniquement, c'est de le faire en équipe. Développer plus serait déjà vous dévoiler nos axes de travail. 3 PRECISIONS SUR LA ZONE ROUGE ? : Premier point : Quel que soit le sport, du moment ou il y compétition, haut niveau et volonté de gagner, les sportifs atteignent un jour ou l'autre leur zone rouge. Ne serait-ce que pour savoir contrôler le mieux possible cette situation le jour J. Ne serait-ce que pour adapter ensuite son entraînement afin que cela ne se reproduise plus. Ou encore plus tard. C'est comme naviguer la première fois dans 25 nouds de vent. On est dans le rouge (et dans l'eau) au début. Et puis au bout de 2 mois dans le "Hauraki gulf ", 25 nouds cela passe tout seul. A force de travail on a éloigné la zone rouge. Deuxième point : En aucun cas il faut que tu penses que wincher soit le plus difficile physiquement. Je pense que le travail de soutier, surtout seul à l'intérieur d'un class america à l'Anglo-saxonne, est physiquement assez énorme. Et puis ayant poussé en mêlée quelques années, je peux te dire qu'après quelques courses parsemées de plaquages plus ou moins manqués, la mêlée que tu fais dans la foulée vaut son pesant de tonnes en ciment brut. Regardons les cyclistes qui n'arrivent même plus à descendre de leur vélo après des ascensions monstrueuses. Et si vous voulez savoir si vous tenez la route, chaussez des gants de boxe. Le fractionné 3' de rentre dedans x 30"de repos est un enfer pour le cour. Troisième point : Evidemment tu as raison cela va être plus dur de rentrer les voiles sur ces immenses tris. Oui nous allons avoir des winches plus puissants et plus démultipliés. Mais cela ne suffit pas. Oui tu as raison c'est au niveau technique qu'il faut progresser. Mais au niveau de la technique de groupe. Nous en sommes qu'au début du vrai travail en groupe sur des plans de pont évolués. Le rugby moderne nous montre la voie dans le travail en équipe. A nous marins match-racers d'évoluer autant que le rugby a évolué ces 15 dernières années. Matthieu: Pour mes lecteurs suisses qui me l'ont demandé: est ce qu'il y a une chance de t'entendre à nouveau sur les ondes ? Christian Karcher: Oui. Sauf qu'une nouvelle fois cela n'a rien à voir avec de la chance. J'essaye de mettre en place une procédure qui me permette d'une part d'être 100% opérationnel jusqu'aux 10mn du départ, et de l'autre de rejoindre dans les temps des studios de TV pour vous faire partager la magie des ces bateaux qui naviguent un contre un. A ce jour il y a 90 % de chances (pouf pouf) pour que cela fonctionne. Matthieu: Tout le monde sait que tu es atteint très gravement de Cup Addiction, combien de Coupe tu as ton actif ?.... Peux tu nous en dire plus. Par exemple Quelle est la chose la plus géniale que ton addiction t'a permis de faire ? De même quel est le pire truc que tu as été contraint de réaliser à cause de cette addiction? Christian Karcher: Dès l'age de 7 ans je voulais naviguer sur la Coupe. Des ma première régate je savais que j'allais la gagner la Coupe un jour. Pendant 35 ans mes copains m'ont pris pour un fou. J'y suis arrivé à 43 ans, soit 35 ans après le début de cette idée fixe, pour m'apercevoir que la chose la plus géniale finalement, c'est de passer du singulier au pluriel. NOUS l'avons gagnée avec Alinghi. Arriver à atteindre ses objectifs en équipe c'est pleinement satisfaisant. Y arriver en gagnant le plus vieux trophée sportif au monde c'est mystiquement band... Ce serait super de gagner la 33 ème avec BOR pour ma sixième Coupe. Le fou va bien merci. En ce qui concerne le pire, cela n'a pas été rigolo tous les jours de passer mille et une fois sur le billard pour réparer une hanche infectée depuis des lustres. Mais ce n'est finalement pas grand chose comparé à ce que notre addiction effrénée fait subir à notre entourage. Le pire des trucs, comme tu dis, c'est notre famille proche qui le subit. Les pires des contraintes sont souvent pour nos compagnes. Il arrive que partager nos rêves dans la journée soit à l'origine des cauchemars la nuit. Pourvu que nos rêves soient toujours assez forts (fous ?) pour effacer les cauchemars qu'ils engendrent. Merci Kiki. Pour le plaisir voici un portrait de Kiki par Kiki réalisé par la TSR. On y parle de Gelusseau, de Alinghi, de winch, d'amure. Excellent; à voir absolument. Full Story »
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